Quand notre discipline ne fonctionne pas

par Karolann & Krysta

Dernièrement, Julie nous partage ce qu’elle vit avec son fils de 4 ans, Mathis. En fait, elle se sent de plus en plus dépassée par certains de ses comportements difficiles et l’agressivité de son petit garçon. Elle raconte que plus ça va, plus c’est difficile d’obtenir la coopération de son enfant et elle dépose «Il ne m’obéit plus!». 

Julie nous dévoile que, récemment, les comportements agressifs et de résistance ont beaucoup augmenté. Entre autres, Mathis crie, pousse sa petite sœur et résiste aux consignes du dodo. Et plus ça arrive, plus Julie se sent frustrée elle-même et plus elle réagit. Pour tenter de retrouver de l’ordre, elle utilise de plus en plus ce que son fils aime le plus contre lui. Ça fait maintenant un bon moment que ça dure et Julie se sent prise dans un cercle vicieux où, trop souvent, elle hausse le ton, elle menace de lui refuser la télévision à tout jamais, elle l’envoie dans sa chambre. 

Elle finit par nous dire que la seule façon qu’elle réussisse à habiller Mathis est si elle lui promet de l’écran ou encore du chocolat. 

Julie a perdu son pouvoir d’influence naturel de parent : son fils ne suit plus son lead.

Dans le passé, elle utilisait par moment les interventions qu’elle nous a partagées (comme tous les humains de la terre), mais aujourd’hui, elle se sent dépendante de ces stratégies pour que Mathis coopère dans les routines et ait de bons comportements. En nous sollicitant, elle cherche à mieux comprendre comment intervenir au quotidien, de quelle façon il peut adopter une discipline qui diminue les comportements difficiles de son enfant tout en réactivant son influence naturelle de parent. À l’intérieur d’elle, elle sent que si les choses ne changent pas, les années à venir seront d’autant plus complexes pour son garçon et pour elle.

Que ce soit pour notre enfant de 3 ans qui refuse de s’habiller, notre enfant de 5 ans qui tape sa sœur ou encore notre enfant de 10 ans qui nous répond et qui résiste à notre lead, il est tout à fait normal que ça vienne nous chercher en tant que parent! Nous savons dans nos tripes que pour pouvoir aider nos enfants à grandir et s’épanouir, nous devons pouvoir les influencer, les guider, les diriger. Et lorsque nous sommes confrontés à des comportements agressifs, il est aussi tout à fait normal que ça génère en nous de grandes émotions! Nous voulons tous que nos enfants deviennent des adultes qui seront tempérés, respectueux et empathiques. 

Mais comment y arriver? Qu’est-ce que mon enfant a besoin pour grandir en un adulte civilisé? Et, surtout, comment gérer les moments difficiles, les moments de tempête où les émotions de tous sont bien activées? Ce sont ces questions que nous devons nous poser lorsque nous pensons à la discipline. 

La discipline traditionnelle était la poursuite aveugle de «bons» comportements sans réellement considérer les impacts des interventions utilisées sur l’enfant et la relation parent-enfant. En effet, de nombreuses stratégies qui ont comme objectif que notre enfant ait une bonne apparence de l’extérieur vise à étouffer le comportement non désiré. Par exemple, «Arrête de pleurer sinon…», «Tu me parleras pas de de même sinon, va dans ta chambre!». Ces stratégies utilisées de façon constante, visant le bon comportement de l’enfant de l’extérieur peuvent, à la longue, nuire au développement et au monde intérieur de l’enfant.  

Nous, les parents, sommes remplis de bonnes intentions! Nous souhaitons mettre fin aux comportements agressifs ou désobéissants de nos enfants. Nous souhaitons aussi enseigner à nos enfants la bonne façon d’agir ou, encore, remettre notre enfant à l’ordre en lui rappelant qui est le boss. 

À tort, nous croyons souvent que nous pouvons commander l’écoute de nos enfants ou nous croyons que nous pouvons faire tirer une leçon à nos enfants à l’intérieur d’une situation déjà chargée d’émotions. Il n’est pas rare que le parent pense que l’enfant est en possession de ses moyens et qu’il fait le choix d’agir avec résistance ou avec agressivité. 

Mais, en réalité, lorsque nous surutilisons des stratégies de discipline traditionnelle (c’est-à-dire des interventions axées sur la peur), nous nous éloignons en fait de notre but initial : nous pesons sur les boutons émotionnels de nos enfants, nous activons leurs défenses et nous faisons du tort à notre relation parent-enfant. Il est important, dans l’ici maintenant mais aussi pour toutes les années à venir avec l’adolescence, de préserver nos leviers les plus importants en tant que parent.

En tant que parents, nous devons se questionner sur notre façon de discipliner notre enfant lorsque nous nous sentons pris dans les interventions suivantes : 

1. «Si tu n’arrêtes pas de répliquer, tu n’iras pas au hockey!»

La frustration est l’émotion qui drive les comportements agressifs et de résistance. Lorsque nos interventions (menaces, punitions) ajoutent de la frustration à notre enfant, ça contribue davantage au problème et non à la solution.

2. «Pourquoi tu as frappé? Regarde-moi dans les yeux et explique-moi. Je te l’ai dit 1000 fois que tu ne peux pas frapper!»

Avec nos enfants, nous ne pouvons pas utiliser la logique, la raison, pour régler un problème émotionnel. Plus l’émotion est haute, plus la capacité à puiser dans la raison est basse. Le moment de tempête n’est pas un bon moment «d’enseignement».

3. «Je ne sais plus quoi faire avec toi! Tu n’écoutes pas! Tu es irrespectueux, je vais devoir chercher de l’aide.»

Le sentiment de sécurité de l’enfant est créé à l’intérieur de notre relation avec lui. Partager notre sentiment d’impuissance n’est pas aidant car nous lui communiquons que nous ne savons plus quoi faire, que nous avons perdu notre lead.

La discipline devrait plutôt être la façon dont nous, les adultes, mettons de l’ordre dans le messiness qui existe tout naturellement avec l’immaturité de nos enfants. 

Si nous nous retrouvons les stratégies nommées plus haut, des stratégies de déconnexion et de provocation, nous devons revoir notre façon d’aborder la discipline. De même, si nous retrouvons à communiquer à notre enfant que nous ne savons plus quoi faire, qu’il est trop pour nous ou que nous lui transmettons le message qu’il peut bien faire ce qu’il veut, nous pouvons également se poser des questions dans l’idée de soutenir au mieux le développement de notre enfant, de maintenir la connexion avec lui et, aussi, d’alléger notre quotidien de parent.

Être parent peut parfois être difficile, mais la parentalité n’est pas supposée être constamment difficile et si drainante. Lorsque nous avons notre pouvoir naturel, la réalité de la vie de famille est plus sereine. Non pas sans défis, mais plus douce et agréable.

N’oublions pas : Nos enfants sont des êtres émotionnels. Les comportements nous communiquent ce qui se passe à l’intérieur d’eux, de quelle façon ils sont chargés d’émotions. Plus nos enfants sont jeunes et immatures, plus ils sont imprédictibles, passant d’un état émotionnel à un autre très rapidement. Dre Deborah MacNamara, psychologue développementale, utilise l’analogie des champ de mines pour décrire à quel point les transitions vécues par nos petits peuvent parfois nous donner l’impression de traverser un champ de mines : sans logique et sans préavis, il peut y avoir explosion.

Comprendre comment discipliner avec le cœur en tête et savoir comment danser avec nos enfants sera clé pour nous aider à naviguer les tempêtes émotionnelles inévitables qui viennent avec l’enfance. 

La discipline est importante, mais une discipline sans dommages l’est encore plus. Dans notre nouvelle Mini-Formation à venir, nous souhaitons vous offrir des repères pour savoir comment prendre charge et comment intervenir autant à l’intérieur des moments difficiles, tout comme à l’extérieur de ceux-ci pour créer les conditions favorables au développement et à l’épanouissement de votre enfant (et de votre famille).

La Mini-Formation Discipline Discipliner avec le cœur en tête offrira des idées concrètes concernant la discipline avec connexion (le besoin le plus fondamental de nos enfants), c’est-à-dire d’établir des limites et une structure, tout en demeurant bienveillant afin de protéger ce qui compte le plus aujourd’hui et demain : notre relation avec eux.

 

 

Karolann Robinson, D.Psy.

Krysta Letto, M.Sc.

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