L’anxiété grandissante de Sara

par Karolann & Krysta

Au travers de notre travail, nous avons le privilège d’accueillir les histoires de nombreux parents nous témoignant de leur confiance. Chacune de ces histoires touchent nos cœurs de mamans et de professionnelles. C’est inévitablement le cas avec les partages des parents d’un enfant anxieux. Plusieurs nous disent se sentir impuissants vis-à-vis de la multiplication des symptômes d’anxiété de leur enfant. Et, bien que chaque histoire soit unique et porte ses propres couleurs et textures, il existe à l’intérieur de tous ces vécus un fond commun.

Il est important de mettre en lumière ce fond et les repères-clés nécessaires pour mieux comprendre l’anxiété chez nos jeunes. Pour savoir comment intervenir, nous proposons une nouvelle façon, issue de la science développementale et des neurosciences, de concevoir ce qu’est l’anxiété et le rôle du parent. Tout part de ce que l’on voit : lorsque le parent porte la bonne lunette envers son enfant et l’anxiété qui se manifeste, il se sent plus en confiance vis-à-vis des symptômes et des façons d’accompagner son enfant vers son sentiment de sécurité. 

L’histoire de Sara

Récemment, la maman de Sara nous partageait l’histoire de l’anxiété grandissante de Sara, sa fille de 7 ans. Ensemble, plongeons dans cette histoire afin de mieux comprendre l’anxiété chez nos jeunes et sur quel pied danser en tant que parent.

Sara est une fille un peu gênée, timide. Dès sa première année de vie, jour et nuit, elle pleure énormément lorsqu’elle se fait déposer. Oh! que l’entrée à la garderie est difficile : des semaines et des semaines de pleurs et de résistance qui fendent le cœur de ses parents, les laissant eux-mêmes alarmés et avec un sentiment d’impuissance. Quelque temps avant l’entrée à la maternelle 4 ans, les parents de Sara se séparent. La maman raconte que la relation avec le papa devient moins tendue depuis la séparation et ils choisissent la garde partagée. Les symptômes d’anxiété se présentent alors de différentes façons à différents moments dans l’année qui suit. Le début de la maternelle est difficile : Sara ne veut pas aller à l’école. En première année, elle devient un plus envahie par sa peur : elle ne se sent pas capable de rester seule dans une pièce. 

La maman constate chez sa fille un désir de contrôle de plus en plus présent et s’est dit que de lui laisser plus d’espace pour ce leadership pouvait être bien. [C’était sans comprendre pleinement que la relation parent-enfant a une structure hiérarchique dans laquelle il est nécessaire que le parent soit en position de leader.] Sara contrôle ainsi de plus en plus de choses, incluant ce qu’elle mange et ce que maman mange aussi. Son papa, avec une approche plus fonceuse, réalise que Sara souhaite éviter les activités en grand groupe et propose à la maman de «prendre le taureau par les cornes» et de ne pas laisser l’anxiété contrôler leur vie. Les parents se sont ainsi entendus pour qu’elle affronte ses peurs en l’inscrivant à un cours de danse et une équipe de soccer.

Mais, aujourd’hui, les parents de Sara se sentent démunis : les différentes interventions mises en place ne semblent pas aider Sara à se déposer réellement. Oui, elle réussit bien à l’école, mais depuis peu, elle a commencé à vivre des crises de panique au moment du coucher. La maman sent une distance s’installer entre Sara et elle. Elle ne sait plus trop sur quel pied danser. D’un côté, elle veut protéger sa fille, mais de l’autre côté, elle craint que ça nuise à son développement. La maman se sent démunie car même si elle a envie de consulter, il manque de ressources.

Cette histoire de parent, bien qu’unique dans sa présentation, demeure similaire à plusieurs autres histoires d’anxiété chez nos enfants pour de nombreuses raisons. Ultimement, lorsqu’un parent ne comprend pas suffisamment l’anxiété, il est normal qu’il devienne lui-même alarmé devant les symptômes et manifestations qui en découlent. Si nous souhaitons progresser, c’est-à-dire aller de l’avant et soutenir notre enfant, nous devons comprendre d’où vient cette anxiété.

Qu’est-ce que l’anxiété?

L’anxiété est enracinée dans l’émotion de l’alarme. L’anxiété survient lorsque notre système d’alarme (système nerveux) devient surchargé. Les sources d’alarme sont multiples et variables, certaines évidentes et d’autres moins. Ultimement, les sources d’alarme les plus importantes sont d’origine émotionnelle et relationnelle. Lorsque nous comprenons que la connexion est la force la plus puissante de l’univers, nous pouvons réaliser que la déconnexion, sous toutes ses formes, est l’expérience la plus alarmante de toutes. Cette déconnexion peut se présenter lorsqu’un enfant doit dire au revoir à son parent ou bien lorsqu’il se sent différent. Aussi, elle peut survenir lorsque l’enfant ne se sent pas suffisamment vu et entendu ou bien lorsqu’il ressent du rejet au travers des interactions et des stratégies disciplinaires du quotidien. 

Quand la charge d’alarme se cumule dans le système et qu’elle devient si grande, elle aveugle toutefois la personne à sa vraie source. À ce moment, nous pouvons voir toutes sortes de comportements apparaître. Pour nos plus petits, nous pouvons la voir apparaître sous forme de crises excessives, de papillons dans le ventre ou de monstres sous le lit. Nous voyons également souvent de la résistance au sommeil, de la résistance à aller à la garderie ou encore à l’école. Chez nos enfants d’âge scolaire, lorsque l’anxiété se manifeste, nous pouvons voir des enfants agités, remplis de peurs et de craintes, parfois même de phobies. Pour d’autres, nous pouvons voir des obsessions et des compulsions, de même que des tics, une grande recherche de proximité et des comportements d’évitement.

Lorsque quelque chose est alarmant pendant trop longtemps, le cerveau – équipé de défenses puissantes – inhibe les sentiments et les perceptions de vulnérabilité. C’est à ce moment que notre enfant qui nous partageait ses peurs quant à aller aux parties de soccer ne les mentionne plus. 

De cette façon, lorsque nous considérons seulement ce qui est visible de l’extérieur, il peut être encourageant de réaliser que le comportement semble réglé. Toutefois, il est nécessaire de comprendre que ce qui alarme réellement notre enfant peut être bloqué de sa conscience pour, justement, lui permettre de fonctionner dans les situations qui peuvent être alarmantes pour lui. Ceci explique également pourquoi nos enfants ne savent pas toujours pourquoi ils se sentent anxieux et pourquoi les symptômes peuvent se présenter à différents moments, sous différentes formes. Par exemple, dans l’histoire de Sara, nous voyons que sa résistance à aller à l’école s’est déplacée vers la panique. Même si les comportements disparaissent, la surcharge d’alarme demeure présente tant qu’elle n’est pas adressée.

Un changement de cible

Bien au-delà de la gestion des symptômes anxieux, notre focus de grandes personnes doit plutôt être d’apaiser et d’accompagner l’enfant anxieux vers le repos émotionnel. La cible doit ainsi passer de l’idée de faire disparaître les comportements anxieux à l’idée de restaurer un système d’alarme sain. Ce n’est qu’au travers du sentiment de sécurité et d’une diminution à l’exposition aux stress non nécessaires que l’enfant peut retrouver un système d’alarme moins chargé le libérant ainsi des préoccupations excessives et des différents symptômes d’anxiété. Les parents sont les personnes qui ont le plus grand pouvoir de percevoir et d’agir en ce sens. Lorsque l’alarme est exprimée et libérée de façon proportionnelle à la charge cumulée, à ce moment, le cerveau peut baisser la garde alors que la menace devient moins grande : les défenses émotionnelles et perceptuelles s’adoucissent et les comportements anxieux diminuent. 

Prendre conscience des tenants et aboutissants de l’alarme et de l’anxiété aide le parent à construire sa relation avec l’alarme de son enfant. Et, par le fait même, ceci aidera l’enfant à éventuellement développer une meilleure relation avec sa propre alarme – émotion inconfortable, mais nécessaire.

Rappelons-nous que nos enfants ne sont pas des adultes. Ils n’ont pas la capacité cérébrale nécessaire pour protéger seul leur système d’alarme. Leur cerveau n’est pas suffisamment sophistiqué pour mettre des limites (protéger) sans aide, pour s’adapter sur le plan émotionnel et pour savoir quand et comment faire preuve de courage. Nos enfants, petits et grands, ne sont tout simplement pas censés être responsables de leur propre santé émotionnelle et de leur maturité. Une partie de notre rôle de parent est de d’offrir refuge et d’être un port sûr contre le monde extérieur.  

Le pouvoir à l’intérieur du parent

En tant que parent, nous pouvons et devons les protéger. Nous devons être le tampon entre le monde extérieur et le monde intérieur de nos enfants. Nos enfants doivent pouvoir compter sur nous quand leur monde devient un peu trop épeurant ou difficile. En d’autres mots, nous devons être leur régulateur émotionnel externe, le cerveau qui compense leur immaturité, leur facilitateur de libération émotionnelle et leur bouclier au travers de notre propre courage d’adulte. Alors que la prévalence de l’anxiété est grandissante présentement, le temps est maintenant venu pour nous les parents de retrouver ce réel pouvoir en nous.

Dans un monde où l’emphase est principalement mise sur ce que nous faisons avec nos enfants anxieux, il devient nécessaire de prioriser ce que nous sommes pour nos enfants anxieux. Au lieu de mettre le focus sur les symptômes, nous devons fournir des signaux de sécurité. La cible ne doit plus être le comportement; la cible doit devenir la sécurité émotionnelle et relationnelle. Et c’est de cette façon que nous pourrons ainsi créer les conditions favorables pour que notre enfant développe réellement l’auto-régulation de ses émotions et de ses comportements, de même que la résilience. 

Nous sommes tristement devenus aveugles aux sources naturelles et normales du sentiment de sécurité – un besoin profondément programmé en nous depuis des millénaires. Dans une ère où tout semble aller trop vite, en tant que parent, nous pouvons nous retrouver dépassés, ne voyant et ne ressentant pas la puissance des pouvoirs naturels qui sont en nous et qui peuvent aider nos enfants à se sentir en sécurité dans leur monde. Il ne faut pas oublier que l’alarme a ses raisons, les émotions ont leur raison. À trop vouloir se conformer aux exigences actuelles, nous pouvons en perdre notre attunement à notre enfant et à nous-même. 

Quoique sous-estimée par les approches et pratiques prévalentes, NOUS les parents, sommes l’outil le plus puissant de toute boîte à outils. Chers parents, nous sommes la réponse à nos enfants anxieux!

 

Karolann Robinson, D.Psy.

Krysta Letto, M.Sc.

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2 Commentaires

  1. Top site ,.. amazaing post ! Just keep the work on !

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    • Merci beaucoup 🙂

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