Sommeil des bébés : mais si les études scientifiques le disent alors?

par Karolann & Krysta

Quelques mois après avoir eu mon premier enfant, je me suis retrouvée confrontée à une réalité à laquelle je ne m’attendais pas vraiment : l’intensité des défis du dodo.

Je savais que le sommeil pouvait être un enjeu, mais pas à ce point. Tout était intense depuis le premier jour de la naissance de mon garçon :  l’intensité de l’amour bien sûr, mais aussi l’intensité de ses besoins et de mes responsabilités.

Lors des premières semaines, je me répétais que le quatrième trimestre était une prolongation de la période in utero et ça m’aidait à affronter les défis de ma nouvelle maternité. Mais les semaines et les mois passaient et c’était toujours aussi difficile : les journées essoufflantes, les grandes crises, les micro-siestes, les endormissements extrêmement longs et difficiles, les réveils nocturnes tellement nombreux. De plus en plus, je comprenais l’intensité de mon bébé et, surtout, son sommeil devenait une préoccupation grandissante pour moi.

Je me revois en train de noter, jour après jour, toutes les informations entourant son sommeil… comme si j’allais trouver un indice, une faille.

Je me souviens me poser tellement de questions sur la normalité des comportements de sommeil de mon bébé.

Je me rappelle avoir essayé tellement de choses : changer les étapes de la routine, changer ma façon ou le moment de le déposer, changer l’éclairage, la doudou, la température, le bruit ambiant.

Je me revois marcher des heures et des heures pour le rendormir afin de ne pas créer d’association avec mon sein. 

Je me souviens avoir persisté pour qu’il dorme dans sa chambre malgré le fait que je faisais des dizaines d’aller-retour la nuit.

Je me rappelle avoir opté pour le cododo seulement lorsqu’il était très malade et de me dire que je ne pouvais pas faire ça souvent. 

Je me revois chercher les raisons de ses si nombreux réveils (que je persistais à chiffrer) et à être si excitée qu’une dent soit enfin percée, me disant que son sommeil serait mieux.

Je me souviens avoir comparé mon bébé à d’autres, à m’être comparée à d’autres mamans et à me questionner sur mes capacités.

Je me rappelle avoir fait des recherches sur Google, avoir rejoint des communautés de discussion sur les réseaux sociaux, avoir acheté 2-3 livres sur le sommeil.

Puis, je me revois surtout être si fatiguée des nuits courtes, si exténuée des nuits parfois inexistantes. Si frustrée que rien ne change. Si irritée par la sieste qui ne permet pas de faire tout ce que j’aurais souhaité faire, le 5e réveil en peu de temps, la longue période de réveil la nuit, le réveil précoce, l’endormissement interminable, les conseils non-sollicités et les «tu sembles vraiment fatiguée…». 

Je me souviens d’anticiper mes journées et nuits à venir et être remplie de doutes et d’inquiétudes. Est-ce que mon bébé dort suffisamment pour son bon développement? Est-ce que c’est normal pour son âge d’avoir ces comportements de sommeil? Comment est-ce que je crée ou je contribue à tous ces défis-là? Comment je peux améliorer tout ça?

Un jour, je me revois très bien me questionner officiellement sur l’entraînement au dodo. Avec un background académique et clinique fortement ancré dans les comportements et l’apprentissage, c’était logique de pouvoir apprendre à mon bébé à dormir… Et si mon bébé arrivait à s’endormir seul et à enchaîner des cycles de sommeil, est-ce que tout n’irait pas mieux?

Et puis, je ressasse cette scène dans ma tête où, un soir, je me décide à freiner volontairement ma réponse aux pleurs de mon bébé. Il pleurait (hurlait si fort) dans sa petite bassinette dans sa chambre et moi j’attendais assise sur mon lit dans la mienne. 

Mon corps se raidissait et mon cœur me criait de répondre à mon bébé. Je tentais alors de m’ancrer davantage dans ma tête, et je me vois relire en diagonale un des articles scientifiques que j’avais lus dans les jours précédents. Si des études scientifiques sur le sommeil des bébés disaient que c’était pas trop pire d’entraîner au dodo, ça devait être ok…?

Je suis arrivée dans ma maternité avec un doctorat en neuropsychologie quasi complété, spécialisé en pédiatrie. Et, pourtant, je me suis retrouvée complètement perdue. Sans repères. Avec une boussole très girouette pour me guider, qui se trouvait pas mal plus à l’extérieur qu’à l’intérieur de moi. Je comprends les parents qui se sentent mélangés et perdus par rapport au sommeil. Je comprends aussi les parents de bébés plus sensibles, ces bébés aux besoins intenses.

Je peux dire que la maternité a amorcé et nécessité en moi une grande transformation. Une maternité-papillon : c’est ce que j’ai connue, c’est ce que je connais toujours. Je grandis. Je suis partie d’une maternité bien ancrée dans ma tête pour évoluer vers une place où le cœur de mon enfant et le mien ont préséance.

Je suis une fille de science, je le serai toujours. Mais aujourd’hui, je sais que la bonne science en est une qui résonne avec notre intuition.

Apprendre à nos enfants à dormir, les entraîner au dodo, peu importe la forme que ça prend, n’est pas ce dont ils ont besoin et, également, nous non plus.

Me voici maintenant, 5 ans plus tard, avec trois magnifiques enfants qui ont propulsé ma croissance au travers des différents défis (incluant du dodo). Avec une perspective enrichie sur le développement de l’enfant, sur l’aspect fondamental de l’attachement et des émotions, voici ce que j’aurais envie de partager à la moi d’autrefois :

1. La première année de bébé (et un peu plus) est souvent plus intense. Nos bébés sont très dépendants, très vulnérables et ils ont besoin de se sentir près de nous. Les défis du dodo sont donc normaux : c’est notre bébé qui a besoin de nous, qui tente de nous retrouver. C’est une question de survie, c’est instinctif. Bien sûr, généralement, plus notre enfant a un tempérament sensible (nos BABI, nos enfants orchidées), plus l’intensité des défis du dodo sera grande. C’était le cas de mon garçon : plus sensible, il vivait plus intensément tout et ça se répercutait dans ses (nos) nuits et ce, même si j’étais une maman très présente, bienveillante, responsive.

2. Toutes sortes d’éléments peuvent perturber le sommeil de nos bébés : des perturbateurs physiques et/ou développementaux et/ou émotionnels. Ultimement, peu importe la cause, notre réponse doit être la même alors que notre bébé a besoin de se sentir près de nous, en sécurité et apaisé.

3. Ce n’est jamais une question de bébé OU maman. Ça devrait toujours être une question de bébé ET maman. Au travers de notre réalité de parent, il faut «apprendre» à ajuster nos attentes et nos obligations, à trouver ce qui nous permet de se déposer et de prendre soin de nous, à demander de l’aide lorsque nécessaire et à faire nos petits (et grands) deuils par rapport aux choses parfois qui sont plus difficiles qu’on s’attendait, aux choses qu’on ne peut pas (qu’on ne devrait pas) changer ou tenter de contrôler. Il faut apprendre à danser avec les besoins de notre enfant et les nôtres.

4. Dormir est naturel quand on se sent au repos. Dormir ne s’apprend pas. Malheureusement, une industrie du sommeil est née autour de cette dernière idée avec de si nombreux livres, formations et experts. Et si certaines techniques (ou dérivés d’entraînement au dodo, certains étant promus comme bienveillants) peuvent amener notre enfant à dormir, la question demeure… à quel coût. Les études scientifiques isolées sur le sommeil de nos bébés sont en effet controversées, mais la science, d’une perspective complète, fait absolument consensus : le besoin de connexion est le plus fondamental et nos bébés et enfants en bas âge ne peuvent pas réguler leurs émotions seul.

5. La meilleure fondation que l’on puisse offrir à notre enfant et à nous-même dans notre parentalité des premiers mois et des années à venir, c’est de se connecter profondément à leur cœur et au nôtre. Ça signifie de développer une relation avec leurs émotions et les nôtres.

Il y a énormément d’idées à déconstruire avec le sommeil de nos bébés. Les dernières décennies ont ravagé notre intuition alors qu’elle est clé dans la parentalité. 

Nous en sommes venues à penser que ce qui se passe à l’extérieur de nos bébés est plus important que ce qui se passe à l’intérieur d’eux. Nous en sommes venues à penser que nous sommes sur la bonne voie quand les comportements de nos enfants sont conformes aux attentes externes, mais sans considérer que nos actions pour y parvenir ont des conséquences sur leur monde émotionnel. Sans considérer que ces comportements proviennent en fait de ce qui se passe à l’intérieur d’eux en premier lieu.

Alors que le sommeil des bébés est tabou et controversé, mon rôle de professionnelle est de me positionner. Fut un temps où frapper ou gifler était chose courante. Fut un temps où des interventions disciplinaires telles les punitions et la contention des enfants étaient recommandées. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. L’absence ou le délai volontaire de réponse aux pleurs de nos bébés est une expérience qui évoque de l’alarme, du stress dans le système de nos enfants. Il est important d’en être conscient pour les éviter le plus possible. Nous évoluons comme société, heureusement, et quand nous connaissons mieux, nous devons viser à faire mieux.

Notre cible de parent est d’aider notre bébé à dormir d’une place de repos.

 

Karolann Robinson, D.Psy.

Krysta Letto, M.Sc.

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